Napoléon et la Corse Analyse d

Le musée régional de la Corse abrite depuis le 19 juin dernier une exposition temporaire traitant des relations ambigües qu’entretenait Napoléon Bonaparte avec son île natale. Ses origines furent-elle un frein à son ascension, ou au contraire un tremplin ? Cette évocation du héros, de sa famille et de sa destinée, originale par son côté anthropologique, réunit, grâce au travail de Bernard Chevalier et de Jean-Pierre Commun Orsatti, les commissaires de l’exposition, une riche collection d’œuvres et de documents venus de Corse, du continent et de plusieurs pays d’Europe, accompagnée d’une importante publication. L’exposition restera visible à Corte jusqu’au 30 décembre 2009.

Comment ce jeune homme, issu d’une Corse tout juste française, au rang social inférieur de boursier du Roi, décrit par son entourage comme « un individu culturellement marginal, profondément imprégné d’un sentiment de solitude », a-t-il pu devenir 1er Consul à 30 ans ?
Tout semble avoir déjà été dit sur l’homme, sa vie et ses exploits. Combien de livres, de passions, de légendes a suscités ce géant de l’histoire ? Pourtant c’est la première fois qu’une exposition traite de ses rapports avec son île natale et ses concitoyens. Certes, nous avions déjà à ce sujet les témoignages de François-René de Chateaubriand, mais des historiens tels que Luigi Mascili-Migliorini et Antoine-Marie Graziani, conseillers scientifiques de l’exposition, ou qu’Antoine Casanova, qui a réfléchi au rôle de la Corse sur l’identité du jeune Bonaparte, ont grandement enrichi la biographie de Napoléon concernant sa « corsitude ». Pour découvrir cette facette de l’Empereur, souvent déformée, voire occultée par ses contemporains eux-mêmes, le musée de la Corse organise son espace en 4 sections majeures.

La première, La Corse des Bonaparte avant 1795, relate l’ascension sociale de cette famille ambitieuse, mais aussi le patriotisme exacerbé d’un jeune Napoléon qui voue une admiration sans bornes à Pascal Paoli. Vous verrez comment il vécut la rupture entre les Bonaparte et Paoli, la rivalité entre sa famille et les Pozzo di Borgo, son « rude sevrage culturel et affectif » à Brienne. Vous verrez comment, dans la tourmente des évènements, partagé entre corsitude et francisation, il apprend à s’intégrer à son monde.

La deuxième section, 1795-1815, s’intéresse à la réussite incroyable de Napoléon, qui n’en oublie pas son clan pour autant, très présent malgré de fréquentes disputes. clientélisme ? appui à son ambition ? humanisme envers les siens ? il dote sa famille de charges et de titres, et place les Corses dans les administrations et les armées. Est-ce qu’il se sert de sa singularité pour accéder au pouvoir ou bien est-ce qu’il laisse parler son cœur ? il parle corse aux moments les plus importants de sa carrière. Ainsi, alors qu’il s’apprête à être sacré Empereur, il dira à son frère Joseph : « Si babbu ci vidia… » (si notre père nous voyait …). De même, alors qu’il s’apprête à être couronné roi d’Italie, il dira à un Corse : « O Sté … Chi l’avisse dita : un’aiaccinu ! » (Sté, qui l’eu dit : un ajaccien !).

Avec la troisième section, L’ambiguïté des rapports de Napoléon avec la Corse, on entre au cœur du sujet, avec un recensement de ce que l’Empereur fait pour Ajaccio (mais ne fait pas pour la Corse) et les réactions de la société insulaire à son égard. On retiendra les phrases du grand homme, qui à elles seules reflètent les sentiments contradictoires qui l’unissaient à sa patrie. Sur son éducation, il dira : « Cette île de Corse, si éloignée de la civilisation de l’Europe, si différente de la barbarie d’Afrique, a ouvert des fenêtres dans mon intelligence et m’a fait entrevoir d’autres rapports. » Une autre phrase reflète son sentiment d’être un étranger sur la terre de France : « Néanmoins, de toutes les injures qui étaient répandues contre moi dans tant de libelles, celle qui m’était le plus sensible était de m’entendre appeler Corse. L’île de Corse, au fond, n’est pas la France quoiqu’on y parle français ». Les Corses, de leur côté, saluent et fêtent l’ascension politique de Napoléon, mais il ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut. Lui-même donne l’impression de rejeter ses racines : « La Corse est ruineuse pour la France : elle coûte 3 à 4 millions. La Corse est un inconvénient pour la France, mais elle existe. M de Choiseul disait que si, d’un coup de trident, on pouvait la mettre sous la mer, il faudrait le faire. Il avait raison, cela est une verrue. » Cependant l’Empereur, à Saint Hélène, se reproche de ne pas en avoir fait assez pour les siens : « Je voulais l’améliorer, la rendre heureuse, faire tout en un mot pour elle. Mais les revers sont venus, je n’ai pu effectuer les projets que j’avais formés … » ou encore : « J’ai été ingrat pour les Corses, je me le reproche … ». En retour, vous découvrirez les réactions insulaires, pour le moins contradictoires, allant de l’admiration inconditionnelle à la critique la plus virulente.

La dernière section, Histoires, mythes et souvenirs, développe la naissance du Bonapartisme et du mythe napoléonien. Vous verrez comment le héros bâtit sa propre légende par une communication bien orchestrée, et comment la Corse apparait dans les témoignages des mémorialistes.

Vous terminerez votre visite en appréciant une exposition de photographies contemporaines venant appuyer et agrémenter la manifestation. Intitulée « Reconstitution », cette collection, signée du reporter-portraitiste Christian Buffa, fait revivre grognards, brigadiers d’infanterie et grenadiers, grâce aux nombreuses associations vouées à la reconstitution du monde napoléonien, dont les membres ont posé devant l’objectif. (Commissariat d’exposition : Françoise Ferreira)

Riches de toutes ces informations sur les amours changeantes entre l’homme et sa patrie, un autre Napoléon en tête, vous serez alors à même de répondre à ces questions : les origines de l’Empereur lui furent-elles utiles ou néfastes ? est-il fils de la révolution ou de l’Ancien régime ? et pour finir vous vous poserez la question suivante : la réussite sociale se fait elle forcément au détriment de l’identité culturelle originelle ? qu’en est-il aujourd’hui ?
FM

Le saviez-vous ?
La citadelle de Corte, qui abrite le musée de la Corse, a été construite par le comte de Vaux à partir de 1769, après la défaite de Ponte Novo, alors que la Corse passait sous domination française. Site historique et patrimonial, la citadelle est classée monument historique.
Le plus ancien bâtiment de la place forte est son château. Situé au-dessus du confluent du Tavignano et de la Restonica, défendu par une muraille crénelée et renforcé par trois tours, il a été édifié en 1419 par Vincentello d’Istria, Vassal du roi d’Aragon Alphonse V et vice-roi de Corse, qui menait une résistance contre la république de Gênes et installa à Corte le siège de son gouvernement. Il maintint son pouvoir sur l’île jusqu’en 1434, date à laquelle il fut livré aux génois et décapité. Le musée régional d’Anthropologie de la Corse a été inauguré le 21 juin 1997. Son Conservateur en chef est Jean-Marc Olivesi, directeur du Patrimoine de la CTC et son Secrétaire général est Rémi Froment, conservateur.

 

Napoléon et la ...
Maddalena 10 an...
Oghje sò terra ...
Pour éclater le...
IN PIAZZA MAGAZ...
Avec ses cabano...
Les journées "S...
La première d’u...
Le bar du Golfe...
Saint-Vincent -...
Toute la presse...
Antoine Faggian...
Les Russes en C...
L’Escadre RUSSE...
Anniversaire In...
Patrimoine : Le...
9 septembre 194...
Exposition Mais...
Visite guidée T...
CAPO Il etait ...
27 AOUT A PART...
Coti-Chiavari :...
MERCI a TOI G...
Veru, le joyau ...
Afpa : 41 ANS, ...
Défi port de pê...
Basket Ajaccien...
La STAR AC déba...
Corsica Mare Os...
Une journée au ...
Pasquale PAOLI ...
dicotheque U SE...
VICTOR SINET Gl...
:Fureur de vi...
VICO compte s...
les entraille...
au sources de...
THEATRE SAINT G...
le petit monde ...
le football cor...
Fouilles du sit...
AJACCIENS AJACC...
PARFUM DE HAV...
PESCADORI IN F...
2 décembre 1804...
Un son di cornu...
La Fabuleuse Hi...
EMPORTES PAR LA...
EL “BAR A TAPAS...
DEDEDE A SA ......
STERASME 2001 P...
OURSINS C’est l...
Pétanque : une ...
TITIN CASSEMAC ...
Voyage au bout...
HAND BALL AJACC...
POURQUOI IN PI...
RING AJACCIEN:a...

 

       Liens© In Piazza Magazine