
L’objet aux tubulures d’acier alambiquées déploie une envergure de quarante mètres et trône au beau milieu d’un bâtiment situe dans la zone industrielle de Baleone. Cent heures durant, son élaboration et sa conception ont nécessite la persévérance et la pugnacité d’une équipe soudée. Nous sommes au siège de l’ASAC tour de Corse et le nouveau podium spécial édition du cinquantenaire est achevé depuis peu. Symbole et fierté de toute une fratrie, il est la matérialisation de la grande chaîne du bénévolat régnant en ces lieux.
Pierre, Michel, Pierrot, André, Jocelyne, Gilbert et les autres répondent toujours présents à la tache lorsqu’il s’agit de servir leur noble cause. Ce sont les abeilles butineuses, les chevilles ouvrières, les bénévoles et les commissaires sans qui le tour de Corse ne pourrait exister. Dans leur ruche bourdonnante de Baleone s’agite une activité industrieuse et compulsive magnifiquement orchestrée par la foie ardente et le feu sacré communicatifs du président Jean Luisi.
Il suffit de donner la parole à ces hommes et ces femmes pour que le grand livre d’histoire de l’épreuve insulaire nous serve ses truculences, ses tendances, ses modes, ses coups de cœur et ses révolutions. Paroles d’experts et paroles de passionnés sur lesquelles on laisse vagabonder son esprit au gré des souvenirs et des anecdotes de chacun, certains de ces derniers pouvant revendiquer jusqu’à quarante années d’offrande de soi et d’ancienneté de petit soldat de la maison.
Le cœur plus que l’esprit ou la raison s’exprime dans tous les cas. On évoque des plaisirs et des joies reçus comme autant de bénédictions. On reste plus pudique sur les coups du sort.
Séquence nostalgie avec l’évocation des Ragnotti «qui venait prendre l’apero avec nous», Mouton, Therier, Andruet, Nicolas, Auriol ou Sainz dernier grand seigneur se rendant souvent au club saluer l’assemblée des commissaires, tradition et passage obligé pour tout vainqueur de la course.
L’hyper professionnalisme et les nouvelles réglementations dans lesquels les pilotes sont cadenasses par la médiatisation à outrance et les obligations de sponsoring sont durement ressentis dans cette antre de la chaleur humaine et de l’acte gratuit.
Ces gens qui œuvrent toute l’année, rallye du maquis et autres épreuves, n’attendent rien en retour, sinon un peu de considération. On palabre pêle-mêle sur l’escalade des coûts,qui touche aussi les amateurs, la sophistication toujours plus grande des bolides, le nouveau découpage du rallye, les spéciales marathon d’antan et le déroulement nocturne de certains tronçons chronométrés. Nostalgie toujours, avec le souvenir de ces particuliers à la porte toujours ouverte de chez qui on pouvait téléphoner ou bien de ces CH systématiquement placés devant un hôtel ou un restaurant.
Les temps ont bien changé, mais le mythe perdure, c’est pour cela que l’on reste présent. Berlinette, Lancia Stratos, Fiat 131 Abarth, Talbot Sunbeaml Lotus, voitures aux longues glissades sans fin, Lancia 037, Lancia s4, Audi Quattro, Peugeot 205 T16, les gorges se serrent et les yeux s’embuent. Passion quand tu nous tiens ! Col de Gradella, Scalella, descente de Speluncatu, Aullène-Ghisoni, épingle de Vezzani, arrivée sur Borgo, Calanques de Piana…. Avez-vous donc une âme ?