Avec ses cabanons, elle a été longtemps la destination privilégiée des ajacciens Rive-Sud : plus rien ne sera comme avant…

De la Tour de Capitello à celles de l’Isolella, Castagna et Capo di Muro jusqu’à l’anse de Cala d’Orzu, l’Ajaccien a sillonné des décennies durant ces lieux bénis des Dieux à la recherche du calme et du poisson. De dépaysement en fait
ou du bonheur tout simplement. Les déplacements se faisaient pour la plupart en bateau. Ou plutôt en barque. Chacun possédait son petit repère, son éden e « i so signuri…»
C’était l’époque des cabanons, de la bouillabaisse (et pour mieux la préparer d’un bon pastis, de qualité), des tablées de plusieurs dizaines de personnes. Le bon temps quoi…
Pour y aller, c’était une véritable expédition. «N’oubliez surtout pas les glaçons » criaient les anciens à peine embarqués sur la felouque. Une fois sur place, la bonne humeur s’installait pour les 48 heures. Chacun s’affairait à une tâche bien spécifique, pendant que les autres préparaient les filets, les lignes mortes et les appâts pour le matin suivant. Certains, d’authentiques spécialistes, prenaient une lampe-torche et partaient sur les rochers traquer le crabe, indispensable pour la bouillabaisse. Le lendemain, à l’aube, branle-bas de combat, tout le monde sur le pont. Sur le coup de midi, les premières effluves du savoureux nectar s’élevaient au-dessus de l’immense marmite.
L’un préparait les pommes de terre, l’autre les tomates et sur les rochers, d’autres nettoyaient les belles pièces pendant que le «garçon» de corvée préparait le pastis et les glaçons. Le rite prenait forme et l’ambiance montait d’un cran. C’est le moment que choisissaient les « visiteurs» (en fait, i gatti, les profiteurs si l’on veut) qui savaient remarquablement s’y prendre en feignant de
marquer une halte dans l’un de ces paradis de l’époque niché dans la verdure et invisible du sentier. Ils étaient toujours accueillis à bras ouverts et on leur faisait toujours une petite place à la table abondamment garnie. «Saluta, seti qui oghji, vi rigaletti di pesciu, chi billezzà, chi belle vita !» disaient-ils généralement, comme
pour s’excuser… Que répondre à ce genre de réflexion de l’arrivant, sinon lui rétorquer « Aio, ven’à pusà et magnati un piattu d’aziminu, un ti farà mica mali… » Et ainsi de suite jusqu’au visiteur suivant qui savait pertinemment où il mettait les pieds, le dimanche notamment, sur le coup de midi…Pas étonnant de voire des tablées de trente ou quarante personnes.
Ce sont ces lieux magiques de la grande Rive-Sud qui réveillent des sentiments de nostalgie chez l’Ajaccien ayant connu les merveilleux moments d’une époque malheureusement révolue. Nous allons ainsi effectuer un tour d’horizon des ces «points de chute » comme il n’en existe plus chez nous. Ou si peu… Nous entamerons notre balade nostalgique par Capitello, sans doute l’un des paradis les plus dépaysant, tant pour sa proximité avec la ville que pour la magie des lieux et les moments de convivialité qu’il représentait aux yeux de ceux qui l’ont fréquenté. Nous poursuivrons le première partie de notre route jusqu’à Porticcio et ces quelques criques inoubliables, et terminerons à la fin de la plage d’Agosta, cette petite portion de côte escarpée que les ajacciens visitaient pour sa fontaine réputée.
A Capitellu, chez Ghjuvannu Dès que les beaux jours en place, on délaissait la montagne pour longer la Rive Sud du Golfe et ses routes étroites avec des haltes ci et là au bord de la grande bleue. Porticcio n’était qu’une petite station balnéaire naissante et il y faisait bon vivre.
Quelques estaminets ci et là, des maisons éparses sans plus, nichées dans des écrins de verdure et, de temps à autre, une grande maison «à l’antica» signifiant la réussite de ses propriétaires terriens. Au pied de la tour, une parcelle clôturée, à l’intérieur de laquelle Jean Rimedi et sa famille -celle de Zia Lisabetta, dont les doigts de fée nous valaient ces merveilleuses anciullatte et
inarbitate au goût inimitable - avaient élu domicile le temps du week-end. Le cabanon à l’état pur, authentique, fait de bois usé par les tempêtes, situé plein sud sur un monticule qui dominait le bel étang à l’intérieur duquel Ghjuvannu et les siens puisaient de succulentes carcinelli (clovis) dont les ajacciens étaient si friands. Il ne manquait rien à leur bonheur. Le dimanche, la bouillabaisse était abondante et richement garnie, tout comme l’apéritif et son ambiance très ajaccienne où la flachine emplissait les verres à ras-bords. Quelle ambiance dans cette « maison de l’amitié » à l’accueil était chaleureux. Ceux qui ont connu le cabanon de Capitello en gardent certainement un
souvenir impérissable.
Porticcio, le bien nommé… Plus loin sur la côte, au bord des criques longeant la presqu’île de Porticcio, bon nombre d’habitués avaient construit des abris de fortune sur la côte escarpée avec la bénédiction des propriétaires. Ces
lieux étaint déjà très fréquentés durant la saison estivale et au-delà, notamment lors de la période des oursins. C’est à ce niveau que la station d’été de Grossetto-Prugna a véritablement entamé son développement, notamment avec l’hôtel du Cap et les résidences alentours dans un parc à nul autre pareil. Bien des cabanons, superbement situés, sont devenus des villas pour la plupart, bien avant la loi littorale…
Plus loin sur la côte, le Maquis, ilot de verdure Avec ses cabanons, elle a été longtemps la destination privilégiée des ajacciens Rive-Sud : plus rien ne sera comme avant…
Le cabanon tel qu’on l’aime, celui de la famille Rimedi, à Capitello 9 particulièrement prisé, a largement contribué
lui aussi à l’envol de la station balnéaire de par l’accueil et la qualité de son service, sa situation face au golfe et son bien être. Là aussi, proche de l’établissement, quelques ajacciens avaient trouvé leur bonheur près des rochers, dans des lieux très à l’abri tant pour les plaisanciers que pour les barques et le poisson qui, à l’époque, abondait autour des écueils du Sofitel. Les pêches étaient miraculeuses…
De l’autre côté de l’avancée rocheuse, plusieurs cabanons ont eux aussi fait un peu de résistance quelques années durant, remplacés dans les années soixante-dix par de somptueuses villa surplombant la mer. Puis on arrive à la plage, «à piaghja d’aostu» (Agosta-plage), dernière
longue bande de sable avant les premiers rochers menant à l’Isolella. Sur la bande située au dessus du rivage, quelques cabanons installés sur des pitons rocheux ont été remplacés par des demeures, tout près d’une fontaine connue des habitués des lieux. Deux familles ajacciennes ont profité de longues années durant de ces emplacements
somme toute bien agréables bien que relativement abruptes et sans abri pour les bateaux. Il y faisait néanmoins bon vivre à seulement quelques mètres de la route. Mais à l’époque, la circulation était inexistante…
Voilà pour ce petit tour d’horizon de la belle Rive-Sud, pour simplement rappeler que ceux qui ont eu le bonheur de connaître ces lieux ont encore en mémoire les merveilleux moments de convivialité des dimanches de bouillabaisse et
d’oursinades.
Dans une prochaine édition d’In Piazza, nous poursuivrons notre randonnée des lieux mythiques de la Rive Sud et au-delà avec un arrêt à l’Isolella et ses fabuleux lieux-dits, la presqu’île, Stagnola, Sainte Barbe, Cala Medea, puis le Ruppione, Mare e sole, la Pinède et ses bals du dimanche,Verghia et ses cabanons, la Castagna et Portigliolo, Monti- Bianchi et Cala d’Orzu.
J. Di Trè Marie

 

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