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RING AJACCIEN : au nom de tous les miens

RING AJACCIEN : au nom de tous les miens

En évoquant le ring Ajaccien, on ne peut s’empêcher d’y associer certains grands noms qui marquèrent la vie du noble art durant plus d’un demi-siècle, dont Jo Tarasenko et Roland Battistini en sont aujourd’hui les témoins vivants.
Du Café Napoléon au Finosello…
Pour ces deux nostalgiques du temps passé, le premier nom qui fuse est celui d’Antoine Filippi, figure emblématique de la discipline qui créa en 1946 avec son ami François Merli, le fameux Ring Ajaccien.
Dans les caves du grand Café Napoléon, ils dirigèrent leurs premiers entrainements.
Jo Tarassenko y était et se souvient. “Les rats nous chatouillaient les chevilles”, puis ce fut le départ pour la montée St Jean, dans une baraque de chantier prêtée par Antoine Séraphini jurqu’en 1958 avant de prendre possession d’un local, rue des trois marie. En 1974, ce fut le grand déménagement dans une salle du gymnase Pascal Rossini, mais depuis les travaux de rénovation, la joyeuse troupe a élu domicile au sous-sol du complexe Michel Bozzi.
Les héritiers d’Antoine Filippi
Durant toutes ces années, des boxeurs allaient parvenir à s’imposer au plus haut niveau. Ce furent d’abord les frères Sauveur et Félix Chiocca, champions de France puis l’incontournable Armand Vanucci, sans oublier Lucien Tolla et Jean-Jean Véro, lesquels “hantent” toujours les galas de boxe, prêts à donner le petit conseil qui fera la différence;
Roland Battistini, au même titre que son compère est intimement lié à la vie du “Ring”; “Ils ont tous été formés chez nous” n’hésite pas à affirmer le braver Roland.
Plus récemmentk, il y eut Antoine Biggi, champion de France Juniors en 1988 sous la férule du Tandem infernal, François Fico, Eric Nieddu, devancés par les Barontini, Alasta, Buresi, Martinetti, Maroselli, Cappaï et autres Graziani dans les années 80.
Un rôle social
Actuellement, l’axe prioritaire qu’entend privilégier le club est la formation des jeunes. Avec une quarantaine de licenciés, il s’efforce d’ajouter un rôle social à l’aspect purement sportif de la formation. Les jeunes issus le plus souvent de couches sociales défavorisées, y sont reconnaissants.
Ils apprennent ainsi la maîtrise de soi, le respect d’autrui dans la tradition pugilistique.
Ce n’est donc pas seulement une politique délibérée, mais surtout une nécessité, un état d’esprit respectueux des “valeurs” que véhiculent tous les soirs Jo et Roland auprès de leur jeune public.
M.D

POURQUOI IN PIAZZA MAGAZINE

POURQUOI IN PIAZZA MAGAZINE

L’Agora, place grecque, lieu de débat, chere aux philosophes antiques précurseurs de l’idée de démocratie ; De la place du village à la grand place, c’est toujours là que l’histoire s’est contée, la petite, la grande, d’une discussion sur le banc à la proclamation publique écrité, en passant par le tambour et son “AVISS…SSE à la Population”.
Tantôt tragique, tantôt comique ou magnifique, comment ne pas évoquer les place de la Bastille, Place Rouge, Place Tien an men, Whashington Square, zocalo, Jemma ef na, ou Piazza Navone…
Nous nous contenterons de celles qui ont fait notre histoire, fait notre quotidien, place de villages, de quartiers, d’églises, de marines, Abatucci, Miot… qu’on appelle Foch ou des Palmiers, De Gaulle ou Diamant : celles qui font remonter l’actualités, celles que nous voulons vous donner.
“In Piazza” : ce qui se passe ”sur la place”, sur la place du grand Ajaccio.
Guide pratique, Apolitique, “Macànane“ si possible, identitaire au possible. Toujours moderne, sérieux, sans se prendre au sérieux. Tribune ouverte aux associations, clubs, entreprises, initiatives diverses… Particuliers, nous nous efforçerons d’être votre partenaire, toujours OUVERT et INTERACTIF à ceux qui font le quotidien, ceux dont on parle le moins. Vous dont Nous sommes.
CATALINI DUME

HAND BALL AJACCIEN une histoire en ROUGE & BLEU

HAND BALL AJACCIEN une histoire en ROUGE & BLEU

Si le H.A.C. peut légitimement revendiquer le statut de doyen du handball insulaire, l’histoire de la discipline dans la cité impériale est toutefois rythmée, depuis 25 ans, par les exploits du G.F.C.A., sans oublier l’aventure de l’ U.S.H.A. et celles plus éphémères du H.A.C et de l’A.S.P.T.T.

PREMIER CLUB CORSE EN NATIONALE

28 septembre 1974 : une grande date dans la vie du club “gazier”.

Elle marque, en effet, les débuts de la grande saga du G.F.C.A. en Nationale, champion pourtant 2 ans plus tôt en Excellence Régional, mais interdit d’accession pour défaut d’installations sportives couvertes (…).

Sous la conduite de Jean Pierre Pannequin, les jeunes du club Santarelli, Paolini, Antonini, encadrés par Etcheverry, Rognoni, Tricaut, Guarino et Perez, rejoints par le cortenais Louis Colonna et Lagrange écrivent les premières pages d’une histoire jalonnée d’exploits.

Jusqu’en 1982, l’année de l’accession en Nationale 2, le G.F.C.A des Guillot, Bassoul, Aradie, Cazorla, Pietri, Astima, Brescia tiennent la dragée hautes aux différentes formations continentales.
Avec toujours la même bande de copains, il va encore faire souffir ses adversaires à l’étage supérieur du début des années 80 à 1987.
Entre-temps, le “Roc de Sartène”, Michel Nicolai est venu renforcer le groupe dans lequel des jeunes du cru ayant pour noms Nucci, Coggia, Etcheverry fils, Terrier, Castel, Luccioni, Ceccaldi et Scampuddu, commençent à faire parler d’eux.

La relégation ne peut toutefois pas être évitée mais elle est digérée en 3saisons, avec une nouvelle accession en N2, mais cette fois-çi un fait unique va marquer l’inter-saison en 1990 : le recrutement du premier joueur hors de Corse, l’international Tchèque Jan Basny.

DE LA N2… À LA D2 EN 2 ANS !

5 ans plus tard, le G.F.C.A. vise l’accession en N1 “Loulou” Perez est devenu le président du club, Pierre Pietri le manager et Jan Basny, l’entraineur joueur d’une équipe qui se donne les moyens de ses ambitions.

Bouaouli (OM Créteil) et Duplouy débarquent à Ajaccio et rejoignent un effectif étoffé par la présence entre autres de Lamiraoui et Tenaudier, alors que fidèle à ses principes, le G.F.C.A. s’appuye également sur une forte colonnie insulaire représentée par les Colonna, Petreto, Castel, Girolami et Ripoll.

Premiers de la joule, détachés devant Clermont-Lodeve, les ajacciens s’offrent dans la foulée un titre de champion de France de N2 au dépens de Folschviller.

Il lui suffira seulement de 2 ans pour atteindre le niveau qui est le sien aujourd’hui, avec au passage un nouveau titre national pour les Tenaudier, Lahneche, Diagne, Duplouy, Colonna, Basny, Coggia, Lamiraoui, Echivard, Ripoll, Castel et Gianni face à Strasbourg.

Après 25 ans de présence non-stop au niveau national, les “rouge et bleu” poursuivent actuellement l’aventure avec toujours le même credo : préserver l’identité du club à travers l’épanouissement des jeunes insulaires, dont l’apport garantit la continuité d’une politique prônée depuis un certain 28 septembre 1974…
M.D

Voyage au bout de la nuit AJACCIENNE

Voyage au bout de la nuit AJACCIENNE

La fille est une de ces beautés papillonantes, tantôt mettant les mains aux hanches, tantôt les portant à la tête pour arranger ses cheveux, parlant, riant, prenant des airs étonnés, effrayés ; pas un instant son corps et son visage ne sont au repos. Elles est debout près du long comptoir et bavarde avec Jean-Toussaint le maître des lieux qu’elle semble assez bien connaître. Maxime, assis juste en face, sirote nonchalamment son apéritif, le regard comme obnubilé et magnétisé par la créature de rêve. Tout à coup, une main énergiquement posée sur son épaule l’oblige à sortir de sa torpeur et de son émerveillement. “Alors oh blond !, on reluque” fait une voix moqueuse et ironique à l’accent chantant ajaccien. Maxime se retourne brusquement et reconnaît alors la face joyeuse et mal rasée de Dumè. Les deux amis échangent un sourire complice et s’attablent ensemble au milieu de l’athmosphère tamisée et conviviale du “Pigalle”.

Cet établissement conçu façon “bistrot parisien”, est le passage obligé de nombreux noctambules ajacciens avant la “grand messe” du samedi soir. Il n’est que 19 heures, et déjà la salle grouille d’une foule bigarrée et bruyante qui évacue là, tension et stress accumulés au cours d’une longue semaine de labeur. On sent monter l’ambiance des grands soirs à l’aune des verres qui ne désemplissent pas.

Pris dans l’ambiance, Maxime et Dumè attaquent bientôt leur quatrième tournée de Désperados, gais et réjouis par l’alcool, comme si un grand bonheur leur coule dans les veines. L’un et l’autre, figures notoires ajacciennes sont plus connus sous les sobriquets de monta sega et blasgiu. De personnalités différentes mais complémentaires, ils écument depuis de longues années tout ce que la ville compte de cafés, de boîtes ou de bouges. Leurs frasques passées ont fait le tour du giron ajaccien, et on se les reconte comme autant de hauts faits d’armes ou la réalité dépasse souvent la fiction.

Ce soir la doublette infernale semble bien partie pour rajouter une page à sa légende dorée. Soudain, dans le brouhaha général, un portable se met à sonner d’une musique stridente qui attire l’attention de nombreux consommateurs.

C’est toi o faccia di topu, on pouvait d’attendre s’exclame Maxime en hurlant dans le combiné. On passe te prendre à huit heures trente devant chez toi rajoute-t-il avec un sourire malicieux sur les lèvres. Pierre, dit le caiornu, le troisième larron de la petite bande vient d’appeler pour dire qu’il se joindra à ses deux compères pour la tournée des grands ducs qui s’annonce arrosée. Dumè, en grand seigneur, règle alors les consommations ainsi que celles d’une table mitoyenne composée de connaissances. En deux temps, trois mouvements, voilà nos amis engouffrés dans la grosse “BEHEME” de Maxime, lequel adopte une conduite rapide et sportive.
Dehors, on sent l’approche des fêtes de Noël, le cours Napoléon est tout enguirlandé et les devantures des magasins sont illuminées de décorations clignotantes et scintillantes. Malgré le froid rude de cette mi-décembre, les artères de la cité et les terrasses de cafés sont pleines d’une foule de badauds et de passants. Le grand rendez-vous de l’an 2000 n’est plus loin, les gens ressentent le besoin de descendre dans la rue et de communier dans la ferveur pour passer ensemble le cap magique de la fin du siècle. A un feu rouge, un père Noël majestueux est entouré d’enfants qui s’accrochent à ses basques comme à celles d’un dieu. C’est ça Noël, le rire, la fête, mais aussi la magie et la croyance. Maxime et Dumè, déjà passablement éméchés, croient à la longue nuit et à la féérie alcoolisée qui s’y rattache.

A l’heure prévue, les voilà à Mezzavia devant le portail d’immeuble de cet animal de caiornu. Ce dernier bien entendu, n’est pas encore là. Maxime s’énerve et lançe des coups de klaxon rageurs dans la nuit froide et silencieuse. Après un court laps de temps, une longue carcasse dégingandée apparaît dans la lunette arrière de la voiture, bonnet enfoncé sur le crâne et cigarette incandescente encastrée au coin des lèvres. “Cocco cumu sè ?” s’écrie Dumè à travers la vitre entrouverte côté passager d’où s’échappe une vapeur chaude et blanche dans l’air glacial. “ On se les gèle retorque le nouvel arrivant, j’éspère qu’il y a le chauffage dans cette caisse pourrie.” “Casa arruvinata maugrée entre ses dents le propriétaire de la dite caisse.

Retour vers le centre ville sur les châpeaux de roue. Au niveau de la place Abbatucci, la circulation bouchonne déjà. Maxime, impatient, s’engage dans la voie opposée et évite de peu l’accrochage avec un automobiliste roulant en sens inverse ce qui occasionne un échange d’insultes et de gestes obscènes qui permettent à Dumè de mettre en valeur son vocabulaire fleuri et sa panoplie de mimiques suggestives. C’est fou comme l’alcool et la fièvre du samedi soir rendent téméraire et courageux le timide ou le blasgiu le plus renfermé. Nouvel arrêt au Royal pour cet intoxiqué de caiornu fasse le plein de tabac.

On décide dans la foulée d’aller manger un morceau au Santa- Fé afin d’avoir un peu de solide dans l’estomac avant tout ce liquide qui va s’y engouffrer à grands flots. L’athmosphère chaude et originale de l’endroit rasserène quelque peu les membres et les esprits engourdis des trois compagnons. En les voyant débarquer, Mario le souriant et chaleureux patron s’exclame “belle triplette”. La salle ressemble à un saloon. On se croirait revenu à l’époque du Far West” fait remarquer Pierre. Des murs au comptoir, en passant par le plafond, c’est le règne du bois. Apposés aux parois, des portraits de chefs indiens portent un regard impassible sur les lieux. Dumè reconnait Sitting Bull qu’il a déjà pu observer dans un magazine. La commande est passée auprès d’une seveuse blonde. Maxime, passionné de football, apprend par la rumeur que le Gaz et l’ACA ont été victorieux ce soir. Voilà qui lui met du baume au coeur et lui ouvre l’appétit. Les plats ne tardent pas à arriver. Chacun s’absorbe alors dans la mastication appliquée de sa viande grillée et savoureuse, à grands renforts d’amples libations. Après cette collation consistante, les visages s’empourprent et les langues se délient. On quitte le restaurant et la grande aventure peut commencer.

Ceylan, Cohiba, Irish, sont autant d’endroits où nos “héros” peuvent étancher leurs ardeurs de “boit sans soif”, autant de va-et -vient, autant d’escales différentes : cafés et digestis au Ceylan, drinks au Cohiba sous les regards croisés du Cé et de “Gainsbar”, une bière à l’Irish sur fond de rock music comme dans les meilleurs pubs de Dublin. Vers 23 heures trente, Pierre a une idée lumineuse : “si on allait à la soirée Bodega au Café de Paris”. Aussitôt dit, aussitôt fait, l’âme du vin les transportent illico-presto à travers la place Diamant. Quand ils pénètrent dans l’endroit, ils sont littéralement absorbés par une grappe humaine carrément agglutinée au comptoir. Ici, il faut battre des coudes pour se faire une petite place, la soirée semblant battre son plein malgré l’heure peu avançée. Peu à peu, des visages connus émergent au milieu de cette multitude. Dumè salue l’angélique Bernard et l’affable Michel, les deux associés de l’affaire. Derrière le comptoir, Joseph et Dédé ne savent plus où donner de la tête et sont obligés d’aboyer pour se faire entendre. Sur la piste, c’est l’hystérie la plus complète. Lulu, le D.J. explosif qui traîne derrière ses platines avec une canette à la main ,met le feu. La jante féminine s’embrase. Au milieu d’elles, Maxime reconnait la panthère papillonnante qui l’avait fait saliver en début de soirée au “Pigalle”. Il n’y tient plus, n’écoute que sa libido et va danser auprès d’elle. Cette dernière lui sourit gracieusement ce qui l’incite à s’approcher encore plus. “Lampati in terra” lui hurle Pierre, “tu ne vois pas que c’est une allumeuse”. Soudainement, une voix balbutiante à l’élocution confuse couvre tous les bruits de la salle. Le grand petit homme, l’inénarrable, l’homme au qualificatifs multiples vient de prendre le micro. Avec une attitude simiesque, il allie le geste à la parole. Bernard hilare, dit à Pierre que le bougre d’homme a déjà ingurgité un litre de rhum. Voilà qui lui promet des lendemains qui chantent. Maxime refait son apparition, ce qu’il croyait être un ticket n’est en fait qu’un malentendu. Il s’est mépris sur les intentions de la tigresse. Les heures passent et s’écoulent, le point d’orgue de la fête et de la liesse étant atteint lorsque Lulu avec son art consommé de l’ambiance ressort “la boudeuse” de ses tiroirs. A ce moment là, il est déjà deux heures, et les lampions de la fête s’éteignent. Maxime, Dumè et Pierre font partie du dernier carré de braves qui tiennent encore le comptoir. Il est temps d’aller retrouver les discothèques.

Joseph K.

TITIN CASSEMAC L ELECTION

TITIN CASSEMAC L’ ELECTION

LES PROTAGONISTES

Ce matin, il pleut.
Après avoir bu le café au PAVILLON BLEU ,je prends la route, direction CARGÈSE.
Après une heure de route, je découvre une maison, au bord de la plage du PERU où une plaque m’annonce la couleur : “CI GITE NOËL ROCCHICCIOLI “.
Cet homme de 89 ans, ancien dentiste dont on dit qu’il n’a jamais fait une piqûre mais qu’il racontait des histoires pour endormir la douleur, à l’œil vif et malicieux, me présente son petit chat “AIDA”.
Ce vieux monsieur peut être considéré comme un des premiers défenseurs de la langue CORSE … par le rire.

Après m’avoir offert un porto, il commence à me conter l’histoire de ces élections, narrant des anecdotes, toutes plus succulentes les unes que les autres, en triturant les mots.
Il associe à cette saga, TOTO SALINI et ETIENNE PARODIN, président du club “I MONTA SEGA” dont la devise était : “LE RIRE, C’EST PAS DE LA RIGOLADE”.
LA GÉNESE DE L’AFFAIRE

En cette soirée d’hiver 1966, ayant fermé son cabinet de dentiste, NOËL ROCCHICCIOLI rencontre TOTO SALINI sur le cours Napoléon, qui lui apprend qu’il vient de déposer la candidature de Lucien LORENZI, dit “CASSEMAQUE“ aux prochaines élections cantonales des 11 et 18 décembre 1966, contre le maire de l’époque, PASCAL ROSSINI.

NOËL ROCCHICCIOLI décide qu’il se chargera de la campagne publicitaire.
Il publie un journal “I MONTA SEGA” et opte pour un slogan

“CONTRE LE MIC MAC,
VOTEZ CASSEMAQUE”.

QUI ÉTAIT CASSEMAQUE ?

TITIN CASSEMAQUE habitait au dernier étage du 32, cours Napoléon.
Livreur chez BALSA FLEURS, il était entré dans la légende ajacienne à la fin des années 1940 lors de son mariage, célébré en grandes pompes.
Chanteur invétéré et de talent, il était toujours le premier à se présenter aux radio crochets, avec sa chanson fétiche “trois jeunes fillesdans un pré“.
Certaines de ses expressions font aujourd’hui partie du patrimoine ajaccien :

“PA BÀ“;
“E’ ALLORA “,
“ANCU A PUMATA“.

LE DÉROULEMENT DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE

Les ajacciens se sont rapidement interressés à la démarche, qui a été suivie dans les différentes couches de la population.
Tout le monde en parlait et les demandes d’adhésion au club des “MONTA SEGA” affluaient.
Les rendez-vous quotidiens à la brasserie du port, siège du club, étaient le point départ des pastizzata dans les différents lieux prisés des ajacciens : le zanzibar de RAMACCIOTTI, le checos de FRANCOIS TORRE, le ROI JÉROME avec barbe d’or, le BAR DENIS avec GRIMIGNI, LE TOUT VA BIEN de PIERROT FAEDDA.
Pour ses prestations en public, CASSEMAQUE était tout de mauve vétu, jusqu’à une superbe paire de mocassins, teints en mauve, à la carrosserie du port chez JEANNOT DENURA.
“PA BA, QUISSI SI CHI SÒ BELLI “ s’était-il exclamé en les essayant.

OURSINS C’est la saison

OURSINS C’est la saison.

L’oursin appartient, comme l’étoile de mer, au grand groupe des échinodermes .
Il vit en groupe, dans les rochers et les prairies sous-marines se nourrissant d’algues, de posidonies, mais aussi de petits animaux qui vivent fixés sur des feuilles ou de petits cailloux .

Les échinodermes : de drôles de bêtes avec un corps portant des plaques calcaires .
Le mot échinoderme est issu du grec Echinos (hérisson) et derma (peau) . Il signifie donc “ à peau de hérisson ”, c’est à dire portant des piquants .
Les principaux caractères communs des échinodermes sont :
-une symétrie raisonnée de type 5, c’est à dire un corps à cinq branches ou rayons, au lieu d’avoir une partie droite et une partie gauche .
-un squelette de plaques calcaires libres ou soudées entre elles, qui enveloppe le corps : le test . Il se situe sous l’épiderme ; ce n’est dons pas une carapace, ni une coquille mais un test .
-Un système de circulation d’eau de mer qui distribue l’eau aux expansions du corps : pieds ambulacraires, organes de locomotion, de fixation, de préhension et de respiration .

Un centimètre par minute .
Pour se déplacer, l’oursin dispose de longs pieds terminés par une ventouse : les pieds ambulacraires (petits tubes dont les extrémités forment ventouse) . C’est avec cette ventouse qu’il peut se fixer fermement sur le fonds . Puis, en se servant de quelques piquants comme d’une béquille, il bascule et avance dans la direction choisie, par exemple pour se nourrir . Il est à noter que les oursins se déplacent davantage et plus vite la nuit.

Un régime alimentaire varié .
La bouche de l’oursin est aussi proche que possible du fonds . Elle est garnie d’un appareil masticateur, appelé “ lanterne d’Aristote ” constitué de cinq dents  .
L’anus est situé au sommet de son test, entouré d’une rosette de plaques calcaires, toujours bien propres .
Son alimentation est plutôt de nature végétale, mais une moule écrasée ou un crabe mort feront bien son affaire .
Ses piquants, grâce au système de cannelures et sillons qui les orne, lui permettent de bénéficier de bactéries, d’animalcules ou de déchets d’organismes morts, tous charriés par l’eau de mer . Ils sont digérés par les cellules de l’épiderme de ses piquants et enrichissent son milieu intérieur.

Reproduction : une métamorphose complexe .
C’est en fin d ‘hiver-début de printemps, que l’oursin femelle pond jusqu’à une vingtaine de millions d’œufs . Ces œufs, qui forment d’épais nuages dans l’eau, rencontrent le liquide séminal(spermatozoïdes) libéré à la même époque par l’oursin mâle .
Surviennent alors, successivement, la fécondation, la segmentation, puis le stade larvaire .
A ce stade, on note l’apparition d’une larve ciliée, nageuse et pourvue d’un tube digestif primitif . la transformation de la larve en échinoderme adulte s’effectue à l’issue d’une métamorphose complexe, après une vie en pleine eau de plusieurs semaines pendant laquelle elle s’est nourrie de petites algues planctoniques .

A Zinatta :
entre réglementation et tradition .
Avant de pouvoir déguster ce véritable caviar de la Méditerranée, vous devrez connaître la réglementation de la pêche de l’oursin .
Si vous les achetez à un professionnel, n’oubliez pas de demander une facturette afin de pouvoir les transporter .
Si vous les pêchez vous-même, sachez qu’il faut une autorisation de pêche
sous-marine délivrée par la Direction Départementale des Affaires Maritimes avec une attestation d’assurance responsabilité civile comprenant la couverture du risque “ pêche sous-marine ” .

Vous pourrez alors en pêcher 3 douzaines par plongeur, à consommer sur place, le transport étant limité à 3 douzaines par personne dans le véhicule !
Sachant que la pêche des oursins est autorisée du 1er décembre au 31 mars, il va falloir que j’investisse dans une combinaison de plongée sur mesure pour ma grand-mère si elle veut encore avoir droit à les déguster les pieds dans l’eau .
C’est là que nous avons eu droit à de sublimes démonstrations de danse du ventre d’un Dumé vêtu
d’un superbe string léopard,

dessaoulant dans l’eau après une malencontreuse chute de l’embarcation .C’est aussi au cours de ces interminables journées que nous avons appris à respecter le superbe coup de fourchette de Bernard ou l’élégance tout terrain de Vincent, la silhouette encore svelte de Paulo ou la longue chevelure de Joseph, la délicatesse de Gilles ou les qualités d’organisateur de Pierre .
Ces moments hors la loi, j’espère tout comme vous, pouvoir en vivre encore quelques uns, afin de perpétuer une de nos plus belles traditions culinaires .

COMMENT REUSSIR Sa “Zinata”

. Choisir une crique plutôt rocheuse entre Capo di Feno et Capo di Nuru,
. Compter parmi les siens un bon “plongeur pêcheur” ou se forger un bon “crocu” (crochet)
. Avant le départ (matinal pour le pêcheur) ne pas oublier les ciseaux ou les pinces,
. Prévoir les Fougasses, le vin blanc ou rosé ou mieux le Gioelli blanc au pire des jerricanes de joie du maquis rosé,
. Un fromage corse et des clémentines pour le dessert,
. Pâté, jambon, saucisson pour les “non mangeurs” ou les “famiti (affamés ),
. Le thermos de café et les canistrelli pour la digestion,
. la petite cuillère pour l’ami “pinzutu” (pointu-continental) ou les délicats,

. L’ami menteur “putachji” (mauvaise langue) pour les “flachine” (costumés), “scoghji” (mensonges – sur les rochers),
. Les vêtements de rechange pour l’ami qui tombe à l’eau et surtout des oursins, matière première de ce plaisir hivernal très ajaccien qui peut se conjuguer avec, en matinée, le ski de fond ou de piste à Bastelica, là le plaisir devient un nec… que le monde entier peut nous envier !

et pourquoi pas nous demander ?

EMPORTES PAR LA FOUGUE…DES CELEBRES ANONYMES AJACCIENS… ! “ Bellevalle Story ”

EMPORTES PAR LA FOUGUE…DES CELEBRES ANONYMES AJACCIENS… ! “ Bellevalle Story ”

En ce début de matinée la foule a pris d’assaut ce petit coin de verdure d’habitude si champêtre. Curieux, amateurs, passionnés, journalistes photographes et marchands de frites ambulants se sont agglutinés autour de ce virage en épingle à cheveux pour célébrer la grande messe du “tour ”. L‘ambiance est chauffée à blanc. Depuis une demi-heure tout ce que le petit monde des rallyes compte de virtuoses et de cracks rivalisent de prouesses et de figures de style devant toute cette populace avide de sensations fortes.
“L’épingle de Bellevalle”, haut lieu béni du monde mécanique insulaire a revêtu ses habits de cérémonie pour sacrifier au rituel du démon de la vitesse. Le Tour de Corse automobile s’est élancé aux aurores de la cité impériale et a déclenché une fièvre frénétique dont le virus s’est propagé rapidement de proche en proche propulsé par une sorte de moteur débridé et surpuissant.
Le contraste est saisissant entre le calme et la quiétude habituel et l’excitation et la liesse engendrées par le son et l’image de la mécanique torturé à vif. Ce monde en transe a opéré une transmutation de ses propres valeurs, un bouleversement total de son inconscient collectif. Ici, à Bellevalle, on juge le gros cœur, la godasse de plomb, le sens de la trajectoire et l’audace du coup de volant. Cette tranche de vie en accéléré joue le rôle d’exutoire de toutes les frustrations et petits malheurs de la vie quotidienne. On est là pour sentir les palpitations de son cœur et pour vivre par procuration à travers l’adresse et la virtuosité de toutes ces icônes casquées et sanglées que sont les pilotes de course. Les passages de ces derniers sont salués par d’exubérantes manifestations extérieures et par le respect du à la chose sacrée. Le peuple en goguette communie joyeusement dans toute cette transcendance païenne.
Tout à coup, une clameur s’élève spontanément, comme aucun des champions précédents n’en a suscité jusqu’alors. “ C’é ”, s’exclame la rumeur d’un air entendu. Aussitôt un bruit aigu de moteur poussé au maximum déchire le silence ambiant. “ Il arrive ” chuchote la rumeur de plus en plus persistante. La tension est à son comble, chacun retient son souffle. Dans les instants qui suivent, une Subaru bleue nuit déboule à fond de train sur la chaussée en ébullition et aborde Bellevalle dans un bruit de tonnerre rugissant en effectuant un long dérapage sans fin avant d’être avalée par la ligne droite et le virage suivant. La plainte lancinante et assourdissante déclenchée par le contact entre la gomme martyrisée et l’asphalte violenté semble un orgasme inouï psalmodie dans un instant hors du temps. Marco Massarotto, le premier d’un long contingent de pilotes Ajacciens vient de passer dans son style alliant force et finesse. Pour le coup, Bellevalle est sonnée et sans voix. Un ange passe, il porte une combinaison bleue nuit et il s’envole à la vitesse de la lumière.
Pas le temps de se remettre qu’arrivent les autres forçats de ces 1000 virages infernaux. Chacun y va de sa personnalité et veut laisser son empreinte dans la cavalcade de Bellevalle. L’heure est à tout ces anonymes du sport auto que le petit peuple d’Ajaccio connaît bien et interpelle par des surnoms ou sobriquets qui forment un lien entre la route et l’assistance du bas côté.
Patrick Bernardini ajoute sa touche personnelle à la chorégraphie en exécutant une figure acrobatique agrémentée de coups de klaxon qui sont autant de signes de connivence avec les spectateurs. Jean-Marc Secchi charge sur Bellevalle, Jean-Luc Mondoloni préfère surfer, Pierre Fayet joue au dompteur, Gérard Scarpighjo passe godasse au plancher, Marie-France Bartoli caresse Bellevalle, Laurent Albertini préfère toréer l’épingle, Jean-Pierre Gordon s’offre une partie de rodéo, Jean-Charles Luciani joue a saute moutons, Richard Appietto trinque avec Bellevalle, Laurent Poggi se rit de Bellevalle, Dédé Papini apprivoise Bellevalle, Michel Néri embrasse Bellevalle, Eric Ruggieri défie Bellevalle, Sylvain Agneti bricole avec Bellevalle, Christian Habani affronte Bellevalle, Jean-Marc Sanchez flirte avec Bellevalle, Jean-Marie Santoni slalome dans Bellevalle, Gilbert Casanova se rue sur Bellevalle, François Léandri jongle avec Bellevalle,
Françis Serpaggi tisse dans Bellevale,
Denis Sequies boursicote avec Bellevale
Rocky les diams soigne son look pour plaire à Bellevalle, Dédé Dessi serre entre ses mains son précieux talisman en forme de papier hygiénique pour conjurer Bellevalle. Devant cet afflux de prétendants, Bellevalle ne sait plus ou donner de la tête et rend à chacun son clin d’œil aguicheur.
Un concurrent malheureux trop sensible à l’appel des sirènes va finir sa course dans les bras médusés de Bellevalle. Cela est fatal à Christophe Tasso, spectateur non moins malheureux, qui bien que légèrement blessé va survoler Bellevalle depuis l’hélicoptère en train de l’hélitreuiller
Il y a aussi ceux que l’on attend et qui ne célébreront jamais leurs noces barbares avec Bellevalle. Christophe Boulet est de ceux là. Au grand désarroi de ses nombreuses Pom Pom Girls qui n’attendaient que lui, le latin lover à l’allure de Max Biaggi doit renoncer à l’amorce de la première spéciale à cause d’un moteur récalcitrant. Telle est la loi de la course, impitoyable pour les uns, si généreuse et dispendieuse pour les autres.
Après le passage de la folle farandole du Tour, Bellevalle retrouve son calme et sa sérénité loin de toute cette agitation. Dans un pré non loin de là, quelques vaches broutent et ruminent à mille lieues des subtilités des classements du groupe N et groupe A. Seul le bitume garde les traces des paraphes en arabesques laissés par ces conquérants de l’absolu.
Ce soir la bruyante kermesse mécanique sera transposée à Ajaccio aux abords de son centre vital du parking de Margonajo. Tard dans la nuit les rues de la cité résonneront aux sons stridents des 6 cylindres et de ceux plus feutrés des moteurs turbo.
Beaucoup d’Ajacciens rêveront de Bellevalle en s’asseyant au rond point de la gare, à la ligne droite de l’Amirauté ou à la courbe de Campo Dell’Oro qui sont autant de juges de paix Ajacciens. Ainsi est fait le bouillonnant sang méditerranéen qui irrigue la truculente âme insulaire. !

Joseph K.

Bellevalle : Epingle mythique du Tour à l’entrée de Bisinao après le col de St Georges

La Fabuleuse Histoire de LOLITA

La Fabuleuse Histoire de LOLITA

N’en déplaise à certains, Lolita, la vraie, l’authentique, celle qui berça nos nuits étoilées du côté de Casamaccioli, existe depuis plus de vingt ans.
Née de l’imagination du génial «Méon», elle a marquée de son empreinte toutes les régions insulaires.
Partout où elle est passée, elle n’a laissé personne indifférent.
Nombreux furent ceux en effet qui succombèrent à ses charmes.
De Corte, en passant par Calenzana jusqu’à Ajaccio, son histoire vaut d’être vécue…

Nata in Corti…

Jean Simeoni alias « Meon » ou encore « Yan-Yan » n’avait pas son pareil pour « allumer » le feu dans la tristounette cité paoline.
Nous sommes à la fin des années 70, Jean et sa bande de joyeux lurons délimitent leur territoire. Baptisé très tôt le « Prince des nuits cortenaises », l’ambassadeur de la « macagna » va très vite répandre le fléau… de la fête.
Son terrain de prédilection, la Foire du Niolu, tous les ans en septembre. Trait d’union entre un été forcément éprouvant et un hiver qui s’annonce tout aussi contraignant ( « a mane quandu mi tchjingu, u sole e digia pisatu, a sera quandu m’arritssu, u sole e digia tchjinatu, i cabullo….).

Au comptoir de la Santa…

La baraque de «Meon » ne désemplit pas, tous les grands noms insulaires de la bringue se retrouvent au comptoir, prêts à reprendre en chœur le refrain d’une chanson encore méconnue mais qui déchaîne déjà les passions.
« C’était Loli, c’était Loli, c’était lolo, c’était lola, c’était la goffa lolita… »
L’idéal féminin selon Meon avait vu le jour… une nuit de septembre, à travers quelques couplets aux rimes évocatrices.
Dès lors, Lolita ne rate plus aucune soirée « princière ». Invitée à se mettre à table ou plutôt sur la table, elle fait généralement son apparition sur les coups de quatre heures du matin, devant un public tout acquis à sa cause.
Ce rituel perdurera des années, après la disparition prématurée de notre ami, un de ses proches va prendre le relais.

AU « GR 20 », elle boit du vin

Les légendes ne meurent jamais et Lolita va ainsi sortir de son cocon cortenais pour prendre le chemin de la Balagne au début des années 90.
Le « GR 20 » sera son terrain de chasse, non pas le fameux sentier de randonnée, mais un petit bar à l’entrée de Calenzana dans lequel Lolita se produit tous les jeudis soirs. L’endroit tenu par les inimitables jumeaux Pierre et Baby Malaspina fait salle comble. Guidonis, François, « Nipote », Toussinellu, Pilou, René, Christian et les autres lui font les yeux doux, dans une ambiance aromatisée au grain d’anis…

AJACCIO-SALICE-GUAGNO
tel est le mouvement !

La mort dans l’âme, elle quitte ce lieu mythique pour rejoindre Ajaccio, en 1994, non sans avoir séduit, entre-temps, la côte orientale, Bastia et Porto-Vecchio.
La cité impériale sera son nouveau port d’attache, Salice et Guagno, ses résidences secondaires.
Au Café de Paris, chez Silvio et l’Anglais, au Joyeux Cruzzinais à Azzana ou chez Gegèle dans le village de Circinellu, elle dévoilera, avec toujours le même enthousiasme, sa « fesse » cachée, lors de tours de chant mémorables.
Aujourd’hui, Lolita est célèbre dans la Corse entière, mais il lui reste à franchir un dernier palier.
Dumè, Gilles, Régis, Jean-Pierre, Mario, Jean-Luc et Pierre, tous référencés au guide du fêtard, ont cru en sa bonne étoile.
A la fin du mois, son odeur si particulière va envahir les narines insulaires et son histoire chantée par Los Paghjolos » va continuer à enivrer les soirées de fête, aux quatre coins de l’île.
« L’autre soir, l’autre soir à l’hacienda…. »
Marco DEFENDINI.

Un son di cornu da li monti Barbatu

Un son di cornu da li monti Barbatu

Théâtre d’ombre et de lumière à la fois farouche et chaleureux, le monde insulaire est un sanctuaire ou les rites, les signes et les croyances se parlent et se répondent par le biais d’une gestuelle et d’une verve méditerranéennes incompréhensibles à l’étranger. Le non initié s’y promène à travers un maillage de signification et de fausses pistes dont l’omerta, “l’acqua in bocca”, représente le gardien tutélaire et le paravent trompeur, a tel point que même s’il pénètre aisément dans l’île, l’intrus ne peut s’imposer sur ce terrain mouvant de masques et d’apparences.

Terre au relief tourmenté et déchiqueté plongée dans un bain de “mare nostrum” de par sa géographie montagneuse et îlienne, à la fois “terre des communes” et “terre des seigneurs ” tout au long d’une histoire chaotique et tragique qui la vit tour à tour romaine, pisane, génoise, française mais aussi “paoliste ”, l’île de Corse, contrée à nulle autre pareille et territoire du “mezzogiorno ” par excellence est régie par des us et coutumes ancestraux forgés en ces temps farouches et immémoriaux ou le droit coutumier s’érigeait et se s’exerçait tel un réflexe pavlovien. Ancienne société agropastorale rattrapée par la modernité au cours des années soixante, la Corse puisse ses racines dans une très ancienne pratique communautaire villageoise. Monde de proximité à la citoyenneté familiale dans laquelle les affinités de sang et de lieux transcendent l’étiquette et la conscience de classe, l’univers mental corse porte en lui l’empreinte et la pesanteur des lois non écrites nourrissant son inconscient culturel et collectif.

Une culture de résistance

Selon une formule célèbre qui dépeint à merveille l’esprit caustique à “l’usu isulanu” il est dit que “en corse, le maquis commence à la Préfecture d’Ajaccio”. Symbole de la rebelle âme insulaire, “le palais vert” de la “machja” est le champ de bataille ou s’opposent et se combattent les valeurs séculaires d’une société archaïque aux traditions orales et tout l’arsenal du droit de la justice d’un état moderne. Comme un fait culturel et social, le geste de l’homme traqué et fugitif bénéficie de la solidarité et de la “fratellanza” de toute une communauté. L’individu, “cascatu in disgraziu”, victime de la fatalité et du destin est pris en charge par les lois sacrés de l’hospitalité, sources divines et mythiques de l’esprit grégaire et communautaire. Le proscrit ou l’homme en cavale est dissocié de l’acte illicite qu’il a pu commettre comme le souligne si bien cet antique dicton : “dicu u peccatu, micca u peccatore”.

Les montagnes de Corse résonnent encore des coups de mousquet de l’épopée tragique et sanglante de ces rois du maquis que furent les bandits “d’honneur” victimes et initiateurs de la loi des trois subversité. Théodore Poli “le roi de la montagne”, Gallochio “le seigneur du maquis ”, les frères Bonelli de Bocognano dits “bellacoscia”, Nonce Romanetti “le roi du maquis” ou bien Spada “le bandit de dieu”, pour ne citer que les plus célèbres, sont tous entrés dans le panthéon de l’imaginaire populaire corse. Exploité par la littérature romantique du 19ème siècle, le phénomène du banditisme témoigne aussi de la volonté exacerbée de se soustraire à une justice lointaine, extérieure, périphérique et souvent arbitraire.

Au cours de l’histoire, le régime de l’île n’a souvent été que celui de la trique et de la matraque, participant pour cela à son insu à l’élaboration d’une véritable culture de résistance qui n’est pas surgie ex nihilo. Les lois d’exception succédant aux iniquités et autres injustices flagrantes, la structure sociale corse est une conséquence de multiples dominations abhorrées. Ne croyant plus à une quelconque instauration de l’état de droit la population excédée s’est recroquevillée sur elle-même au sein de la cellule familiale et clanique afin de bénéficier d’une protection. Pour résister au joug des puissances tutélaires, des réseaux transversaux de solidarité se sont mis en place, gages de sécurité et de soutien pour les reprouvés et rebelles de toutes sortes. Valeurs sures et suprêmes au fil du temps “l’aiutu ” et l’hospitalité ont franchi allègrement le cap du 20ème siècle et témoignent encore de l’authenticité de la flamme et de l’attachement d’un peuple à sa terre et à ses fondements les plus profonds. C’est dans ce contexte politique, sociologique et historique de guerre civile larvée, que durant 4 longues années, Yvan Colonna alias “thierry” a pu se soustraire aux investigations de toutes les polices de France et de Navarre.

Par sa mémoire collective enfouie et les valeurs qui lui sont associées, la Corse forme incontestablement une unité particulière et indéniable. Un atavisme irréductible inscrit au plus profond du patrimoine génétique, une marque de fabrique reconnaissable entre toutes, peut être est ce dans cette intelligence de cœur et cette grandeur d’âme que se trouve nichée la substantifique moelle, à la fois clé de voûte et ciment réunificateur du kaléidoscope corse ?

2 decembre 1804 – 3 decembre 2004 :

2 décembre 1804 – 3 décembre 2004 :

«L’empereur, après avoir lui-même posé sur son front, l’une après l’autre, deux couronnes, vient d’y reprendre la seconde, et où l’élevant dans ses deux mains, il s’apprête à la placer sur la tête de son auguste épouse (…) L’empereur est debout sur une des marches de l’autel : l’impératrice est représentée à genoux, les mains jointes et élevées vers son souverain, en signe de reconnaissance et de respect».

Le Sacre, célèbrissime et monumental tableau de 9,79 m sur 6,21 m exécuté par David, immortalisé à jamais dans une magnificence recueillie, solennelle et immobilisée, le geste arrêté et impérieux qui consacre le nouvel empire et le pare de grâce divine et de majesté impériale.
La cérémonie ne se passa pas ainsi, mais cela sera toujours ainsi. Par la bénédiction Papale, la force de ses armées et le plébiscite républicain, Bonaparte est sacré empereur des Français le 2 décembre 1804, devenant ainsi Napoléon 1er le grand et accédant par ce biais à l’immortalité des dieux et des géants de l’histoire. Prolongement carolingien, héritage monarchique et démonstration républicaine, l’acte fondateur de la IVème dynastie inscrit à jamais la geste Napoléonienne dans la légende des siècles. Ajaccio y gagne son statut de ville impériale qui la précédera désormais par delà les frontières et les époques. Depuis l’avènement du grand homme, deux siècles de renommée héroïque et romantique contemplent la «ville berceau» d’un œil admiratif et envieux. En cette année symbolique, l’heure est au rappel du souvenir du plus illustre d’Ajaccio.

L’association du « 2ème régiment de chasseurs à pied de la garde : Passion et bénévolat au service de la ville et du culte napoléonien.

De cérémonie commémorative en célébration haute en couleur, la liturgie est toujours la même. Ajaccio vit chaque moment important au pas cadencé de ses grognards et aux rythmes martiaux de ses fifres et tambours.
Rituel bien huilé et événement dans l’événement, la parade des braves se veut les armoiries vivante et mouvante d’une agglomération ajaccienne avide de reconnaissance internationale. Fruit impérial d’une volonté initiée lors du bicentenaire de la naissance du «divin enfant» l’association du 2ème régiment de chasseurs à pied de la garde plus connu sous le vocable de « grognards » prend la suite des «Tambour empiré» et se structure à partir de l’année 1996 sous la houlette de ses deux membres fondateurs, Joseph Foggara et Denis Pirelli. Après une phase d’apprentissage placée sous le signe de l’amateurisme folklorique, l’inscription à la «Fédération de la Grande Armée» marque une étape importante pour l’ensemble ajaccien. Voyages, échanges et confrontation avec tout ce que l’Europe compte d’admirateurs et de sacrificateurs au culte du «Petit Caporal» contribuent à la montée en puissance crescendo de l’association et la mise en place d’une discipline et d’une réglementation rigoureuse ou rien n’est laissé au hasard depuis la confection de boutons d’uniforme fidèles aux originaux jusqu’au respect total de l’esprit dans l’armée au début du XIXème siècle, à travers les figures hiérarchiques et représentatives du Caporal «Fifre» Pirelli et du tambour «Bonard.

Situé au cœur du vieil Ajaccio, à deux pas du lieu de naissance de l’empereur, le siège social de la rue de la Porta est une ruche bourdonnante ou d’impériales abeilles s’affairent à la création et à la réalisation de costumes et décors. Système D, ingéniosité et conseils avisés de connaisseurs tels que René Chauvin, sont les muses guident et inspirent Joseph Focaggi et ses camarades dans leurs travaux d’apprentis alchimistes et de chercheurs en Graal Napoléonien.
Le petit local encombré d’objets divers recèle en son sein un véritable trésor de guerre de la grande armée. Tambours, uniformes, amoncellement de costumes et de vêtements de grand apparat pliés ou en cours de gestation, globe crucifié, couronne impériale et gadgets de toutes sortes s’accumulent sur les étagères surchargées d’une petite pièce sans fenêtre.
Cette profusion et cette surabondance en disent long sur la passion et le degré d’implication qui animent les 25 membres de l’Association. En cette fin d’année 2004, la commémoration du sacre de Napoléon dont ils sont les initiateurs et les acteurs principaux sera une nouvelle démonstration de leur attachement au souvenir de l’Empereur et à sa ville natale.

L’éclat du sacre au révélateur de la Place du Diamant :

Le 3 décembre 2004, la mère patrie Ajaccienne s’apprête à rejouer l’Auguste consécration de son fils préféré dans un décorum et une mise en scène reproduisant au plus près la réalité peinte par Jacques Louis DAVID.
Deux scènes de 6 x 6 m et 9 x 12 m seront installées pour l’occasion sur le vaste et grandiose périmètre de la Place du Diamant.
Grand trône et petit trône se voulant les répliques exactes de Notre Dame de Paris, formeront le contexte dans lequel évolueront une cinquantaine de figurants. A l’instar de ces crèches grandeur nature mimant la fameuse nuit étoilée de la nativité à Bethléem, une série de tableaux inscrits dans l’inconscient collectif populaire se succèderont devant l’assistance. Cérémonie sans parole, toutes de gestuelle emphatique et de pompe vestimentaire respectueuse du déroulement et de la liturgie, le sacre version Ajaccienne est un vivant tableau destiné à s’imprimer durablement et profondément dans l’iris et l’imaginaire du spectateur.
Sur le tempo de la musique originelle, retrouvée sur un C.D. en Belgique, ponctuée par deux paroles de l’empereur et le «Vivat Imperator in deternum» Papale, le spectacle précédé par une parade militaire de grognards, célébrera avec faste les deux cents ans de l’intronisation de l’empereur. Mettant fin à la cérémonie et pointant son glaive vers le ciel, le capitaine des hérauts d’armes n’aura plus qu’a proclamer les paroles sentencieuses du couronnement «le très glorieux et très auguste Empereur Napoléon, Empereur des Français, est couronné et intronisé, vive l’empereur !». En se parant de l’habit vert olive de l’Empire dans les balbutiements du XXIème siècle, la ville impériale lance une œillade nostalgique vers un passé glorieux pour s’admirer résolument vers l’avenir toute empreinte de l’esprit novateur de son plus illustrissime représentant.

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