Pasquale PAOLI citoyen des lumieres : la Corse sous les SUNLIGHTS de la raison

Pasquale PAOLI citoyen des lumières : la Corse sous les SUNLIGHTS de la raison.

Année du bicentenaire de la mort du grand homme, 2007 verra la Corse célébrer la mémoire de celui qu’elle nomme affectueusement «U Babbu di a Patria»
Quand l’humaine grandeur touche au mythe universel, le vent épique de l’histoire souffle sur les tisons toujours ardents de la mémoire des grands idéaux. Merusaglia, Naples, Corti, Londres, Corti, Londres, Mérusaglia, autant de lieux qui balisent l’itinéraire spirituel d’un fils des lumières…

Des lumières sources
de progrès.
Sapere audè ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des lumières. Aufklärung chez les allemands, Enlightenment chez les anglais et les écossais, Illuminismo chez les italiens, les lumières embrasent l’Europe du 18e siècle et apportent leur éclairage humaniste à l’île de Corse par le biais de Pasquale Paoli, généralissime en chef de l’éphémère nation corse.
Les lumières sont déterminées par l’usage de la raison et par le fait pour un individu de penser de manière autonome. Elles se caractérisent par une distance avec la tradition et l’autorité, une haute estime de la liberté et par la capacité à trouver une solution rationnelle à toutes les questions. De nombreux penseurs des lumières témoignent de connaissances importantes dans de multiples domaines, en tant que mathématiciens, physiciens, politiques ou diplomates. L’examen par la raison tente de distinguer les «superstitions» de la religion et de les remplacer par une piété rationnelle. Une attitude propre à l’homme des lumières est la tolérance entre les communautés religieuses. Ce dernier se dit «déiste», il pense que Dieu a créé le monde parfait mais ensuite il n’y intervient plus. A cette époque se produit une foule de découvertes scientifiques. Le progrès dans la maîtrise de la nature fonde chez les lumières la foi dans le progrès. Ce dernier est accompagné par le libéralisme, qui en tant que théorie économique, réclame la liberté de l’industrie et du commerce. Sa devise est : «laissez faire, laissez passer». On définit les fondements philosophiques des droits de l’individu face à l’état et ses citoyens. En Angleterre d’importants textes de loi sont mis au point pour garantir ces libertés comme l’ «habeas Corpus» en 1679 ou la «déclaration des droits» en 1689. Les nouvelles formulations du droit naturel et des droits de l’homme débouchent sur des résultats notables.
Pour l’Organisation de l’Etat, la pensée des lumières a eu des effets radicaux : théorie du contrat, souveraineté du peuple, séparations des pouvoirs et exigence de la répartition démocratique du pouvoir.
La mise en place concrète a emprunté des chemins différents. En Angleterre s’est affirmée la monarchie constitutionnelle, tandis que sur le continent a surgi le «despotisme éclairé» incarné notamment par Frederic II de Prusse ou Catherine II de Russie et obéissant au principe «rien par le peuple, tout pour le peuple». En France, la révolution de 1789 tente de faire entrer dans les faits les nouvelles croyances. Montesquieu avec «l’esprit des lois», Rousseau et le «Contrat social» ou Voltaire qui veut «écraser l’infâme» sont les figures de proue intellectuelles françaises de ce renouveau. Sous la houlette de Diderot et d’Alembert l’encyclopédie est une des plus importantes armes publiques des lumières. De nombreux esprits remarquables de l’époque apportent leur contribution à cette œuvre monumentale dont la parution s’étalera de 1751 à 1780. Nul autant que Beaumarchais n’illustre pareillement ce souffle de renouveau lorsqu’il fait dire à l’insolent Figaro : «parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie. Noblesse, fortune, un rang, des palais, tout cela vous rend si fier ! qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître»….. Le monde moderne est déjà en gestation.

Le roi du Panthéon corse
D’abord il y a l’épopée de Hugo Colonna, Comte issu d’une illustre famille romaine et traquant sans relâche le péril Maure, légataire à la postérité de la «Mauresque», figure de style hautement théatralisée du combat opposant les insulaires aux infidèles. La légende dorée d’Arigo Bel Messere, image de paix et de concorde, lui fait suite avec son issue tragique : E morto il comte Arigo Bel Messere e Corsica sarà male in peggio ! »
Porte étendard des grands seigneurs féodaux, Sinucello, dit Giudicie dell Rocca, traverse le 13e siècle en éclaboussant son temps de sa superbe et de sa farouche détermination face aux oppressions extérieures. Au siècle suivant, Sambucucciu d’Alando éveille l’île au parfum égalitaire avec l’avènement en deça des monts de la «Terra di Commune», rêve pieux et idéalisé pour les Giovannali, petits frères des pauvres et des démunis, réduits au silence par l’inquisitoriale autorité pontificale. Puis survient Vincintello d’Istria et ses songes de grandeur à la sauce Aragonaise. Le 16e siècle sera celui de Sampiero Corso, magnifique condottieri tombé sous le glaive de traitre Vittolo. Du haut de ce millénaire d’histoire toutes ces figures tutélaires contemplent l’évolution d’une île à la destinée tourmentée. Icones de la Corsitude et symboles de l’élaboration d’une identité, aucune n’a cependant l’éclat ni l’autorité naturelle de celle de Pasquale Paoli, «U Babbu di a Patria».

Un dessein, une constitution,
un projet pour la Corse
“Quelque chose qu’on ait dit de lui, il n’est pas possible que ce chef n’eut de grandes qualités. Etablir un gouvernement régulier chez un peuple qui n’en voulait point, réunir sous les mêmes lois des hommes divisés et indisciplinés, former à la fois des troupes régulières et instituer une espèce d’université qui pouvait adoucir les mœurs, établir les tribunaux de justice, mettre un frein à la fureur des assassinats et des meurtres, policer la barbarie, se faire aimer en se faisant obéir, tout cela n’était pas assurément d’un homme ordinaire…”
L’éloge dithyrambique et s’appuyant sur des faits concrets vient de Voltaire, homme des lumières, combattant du progrès et citoyen de la liberté.
Né à Stretta, un hameau de Merusaglia en 1725, mort à Londres en 1807 et enterré à Westminster avant le rapatriement de ses cendres en 1889, Pasquale Paoli a vécu trente deux ans sur le sol natal, seize années de formation en Italie et trente quatre années dans l’Angleterre bouillonnante d’idées novatrices de l’époque. Celui qui aura lutté pour un idéal d’indépendance, de progrès, de justice, d’égalité et de tolérance pour sa mère patrie aura puisé dans le contexte régénérateur du 18e siècle des lumières, le socle et la matrice de ses éphémères mais éternelles réalisations.
«Il est en Europe un pays capable de législation, c’est l’Île de Corse. La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté mériteraient bien que quelque homme sage lui apprit à la conserver. J’ai quelque pressentiment qu’un jour cette petite île étonnera l’Europe». A travers Rousseau, c’est l’Europe des philosophes, des progressistes et des humanistes qui se lève d’un même élan pour applaudir cette terre de corse à l’exemplarité universelle. Tel est le grand mérite et la gageure réussie de Pasquale Paoli, avoir su concilier le particularisme particulier d’une insularité au caractère si farouche et si trempé avec des valeurs universelles porteuses des espoirs des tous les peuples de la terre. La Corse, laboratoire des idées d’avant gaerde et reflet du génie d’une époque, tel pouvait être le résumé ou l’intitulé d’une courte parenthèse dans une chronologie multiséculaire dont on mesure aujourd’hui mieux la portée. Quand Paoli arrive au pouvoir, le désordre et l’anarchie règnent en Corse et une tâche immense l’attend. Patiemment mais
fermement «U Babbu di a Patria» (titre qui lui sera décerné en 1794) va organiser l’île, en faire un état doté d’une constitution avec son armée, sa justice, son administration et sa monnaie. Parallèlement à l’œuvre
politique Paoli essaye de promouvoir l’instruction en ouvrant de nombreuses écoles et en créant à Corti, une université. Il encourage l’économie à travers l’agriculture, l’industrie et le commerce extérieur. La Corse devient sous son autorité, une République qui inspirera de nombreux pays dont les futurs Etats-Unis d’Amérique.
En novembre 1755 était
rédigée la Constitution de la Corse. L’ïle gardait le titre de royaume mais le souverain demeurait le peuple. Il élit au suffrage universel des députés qui, à leur tour élisent les membres de la consulta. Réunie tous les ans, celle-ci exercait le pouvoir législatif et elisait à son tour un conseil suprême. Ce dernier choisissait en son sein le général de la nation qui commandait l’armée et représentait la nation à l’étranger. La commune était administrée par un podestat (maire) assisté de deux «pères du commun» élus au suffrage universel. Pour les affaires de faible importance ces derniers rendaient la justice, au delà, il y avait un juge de paix dans chaque pieve et en ce qui concerne les affaires criminelles ou politiques, elles étaient jugées par une cour, la «Rota». Cette justice acquit une réputation de sévérité mais aussi d’impartialité et sera appelée par les insulaires «ghjustizia paolina», terme qui inspirera crainte et respect.

Toute l’Europe est Corse.
Devant ce tour de force impensable au départ, Voltaire, encore lui, peut s’exclamer avec stupéfaction «toute l’Europe est Corse» La légende de celui que l’on a surnommé le Washington Corse est en route. En publiant «An account of Corsica» en 1768, Boswell, le célèbre mémorialiste Ecossais, donne aux corses une stature de chantres de la liberté et fait de Paoli un héros antique défenseur de tous les droits bafoués.
Homme d’ouverture et de tolérance, citoyen des lumières et du monde, Paoli a su puiser à toutes les sources de progrès. Franc maçon lui-même, il n’a cessé d’évoluer durant toute sa vie au contact de la maçonnerie européenne.
Cela pourrait expliquer les liens tissés avec Benjamin Franklin, Georges Washington et Thomas Jefferson, américains dans l’âme, mais sont tous frères de la grande communauté humaniste de progrès. De nombreuses villes Américaines se nomment aujourd’hui Paoli city, dans l’Indiana, la Pennsylvanie, le Colorado.
Le mot de la fin revient aux colons américains qui, dès 1765, montent au combat lors de la bataille de Valley Forge avec comme cri de ralliement «Insurgents, remember Paoli». En nos temps de retour aux fanatismes de toutes sortes, il serait bon que l’histoire aussi s’en souvienne !
François Poli

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